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Chronique d'un atelier participatif
par Camille Gendron-Vézina
June 18, 2026
10h05, ancien Couvent des Franciscains, Montréal
Un bureau rempli d’une quarantaine de personnes debout devant une présentation. On sent une certaine excitation de la part des participant·e·s. Des gens de plusieurs milieux sont réunis : du domaine des soins alternatifs, de l’hébergement d’urgence, de la production médias écoresponsables, etc. Toutes ces personnes et leurs thématiques d’occupation sont au centre de ce qui sera le futur projet du couvent : un hub communautaire, palliant le manque d'infrastructures pour la population du quartier. Un lieu de soins et de liens. Mais avant de bâtir ce lieu, il a fallu s'asseoir ensemble. 
Les ateliers participatifs sont une part essentielle du développement de projets d’immobilier collectif. Ces activités mettent les humains au cœur du processus et centrent la réflexion sur elleux, afin de poser les bases d’un projet cohérent qui s'inscrit véritablement dans son milieu. Ces activités prennent plusieurs formes, mais informent forcément l’étape ou le volet dans lequel l’activité s’insère. Par exemple, un atelier d’identification des besoins des occupant·e·s actuel·le·s ou futur·e·s jette les bases d’une proposition architecturale cohérente — un aménagement qui servira véritablement la population pour laquelle le projet est réfléchi. Ce type de rencontre permet aussi de répondre aux interrogations des populations concernées, en plus de poser des attentes réalistes quant à la réalisation du projet.
10h33, dans le cloître du Couvent
Cinq tables sont réparties dans l’espace autour desquelles se trouvent des chaises dépareillées. La lumière de cette matinée ensoleillée frappant les feuilles et les crayons bien répartis sur les tables d’une lueur sereine. On entend des éclats de rire, des discussions, des réflexions sur ce qui pourrait prendre place dans les différents espaces. Les participant·e·s sont regroupé·e·s par thématiques d’occupation, en sous-groupe. Après un tour de table afin de présenter leur mission respective, tout le monde est invité à réfléchir aux activités qu’iels voudraient voir déployer en ces lieux, aux besoins spécifiques matériels et spatiaux en lien avec ces activités, mais aussi à ce qu’iels seraient prêt·e·s à mutualiser. De ces discussions naissent des synergies précieuses afin de créer un milieu de vie cohérent pour ses occupant·e·s mais aussi pour la population desservie.
Impliquer les utilisateur·rice·s et les usager·ère·s à un stade préliminaire, c’est-à-dire dans le processus de conception même du projet, crée un sentiment d’implication et d’engagement chez les partici­pant·e·s. On a l’impression de contribuer à quelque chose de plus grand que soi, qui répondra non seulement à nos besoins, mais aussi à ceux des personnes autour de la table. Ce sentiment de coopération engendre un réel engouement pour le résultat (du moins, plus qu’avant l’atelier) et soutient la motivation des partici­pant·e·s pour les volets subséquents.

La tenue d’ateliers participatifs n’est cependant pas aussi simple que le déroulement de ces rencontres semble l’être. En effet, beaucoup de préparation est nécessaire afin de tirer les informations pertinentes à la construction ou à la conception du projet, tout en respectant les limites des partici­pant·e·s. Une méthodologie claire doit être établie en amont et transmise, par souci de transparence et de communication saine dans les équipes de travail. Les objectifs doivent être clairs, non seulement pour les consultant·e·s, mais aussi pour les client·e·s et pour les groupes partici­pant·e·s. Malgré la formule qui pourrait être la même d’un atelier à l’autre, il est essentiel d'adapter le contenu et les objectifs à ceux du projet : une certaine unicité est donc de mise pour chacune de ces rencontres. La tenue de ces activités est aussi plus conviviale en présentiel et nécessite donc souvent des déplacements de matériel, mais aussi des ressources humaines.

Il est aussi important de définir le rôle des intervenant·e·s pendant ces réunions. La distinction entre l’animation et la facilitation est de mise dans un cadre spécifique comme celui-ci : un·e facilitateur·rice, comme son nom l’indique, facilite des échanges qui peuvent parfois atteindre la sensibilité de certaines personnes. L’animateur·rice fait en sorte que la rencontre se passe comme prévue et s’assure d’une bonne dynamique de groupe. La typologie du bâtiment dans lequel s’inscrit le projet futur, ainsi que sa propriété, jouent souvent sur la latitude d’intervention dans le cadre de ces ateliers. Certains bâtiments sont en effet chargés d’histoires multiples et l’attachement au lieu est ainsi très fort. Par exemple, une Fabrique propriétaire d’une église peut être désireuse de s’en départir par manque de fonds pour l’entretien, tout en conservant une partie de ses paroissien·ne·s. Si le bâtiment est racheté par la ville et que cette instance désire aller de l’avant avec un projet de requalification, il faut intervenir avec soin auprès de cette population spécifique.

La nature de l’occupation est aussi une clé essentielle de compréhension pour les partici­pant·e·s. Se projeter pour trois ans n'engage pas la même charge mentale et émotionnelle que de se projeter dans une occupation de 20 ans dans un espace. Les thématiques d’occupation peuvent aussi informer la nature de ces rencontres. L’activité est-elle plus pertinente si les partici­pant·e·s sont divisé·e·s ou rassemblé·e·s par intérêts? Comment peut-on tirer le maximum de réponses des organismes autour de la table afin d’informer la forme que prendra le projet?
11h17, dans une salle de classe du Couvent
Tout le monde est réuni à nouveau, un Post-It à la main. Le résultat des discussions est présenté au grand groupe. Puis chaque organisation est invitée à inscrire aux plans affichés au tableau la synergie principale qu'iel a vu naître aujourd'hui et qui pourrait être fondatrice pour l'occupation future du projet. 
Malgré la densité de préparatifs que représente un atelier participatif, certains éléments ne peuvent être contrôlés. Comme l’humain est au cœur de ce processus, il est aussi à l’origine des fuites du cadre établi, engendrant assurément des surprises. Il est en effet difficile d’anticiper les réactions et les émotions initiées par ce type de réflexion, qui sont souvent complexes : un lieu transformé peut contenir beaucoup de souvenirs et la charge émotionnelle d’un changement dans cet espace peut être intense. Cependant, être invité·e à participer à ces réflexions peut aussi générer des émotions positives : un sentiment de contribution, de mettre la main à la pâte, d’être non seulement considéré·e, mais impliqué·e. Donner une voix aux populations dans un processus habituellement réservé aux instances brouille les cartes habituelles des rôles : les organismes communautaires jouent les architectes pour un après-midi et rêvent en plans de leurs futurs espaces. Ces activités peuvent aussi générer des questionnements qui sortent du cadre de l’atelier : les coûts de travaux, le compte de taxes, le partage de l’imprimante, et beaucoup d’autres sujets qui alimentent les réflexions au-delà de la rencontre.
Évidemment, ces événements permettent aussi la création de liens et de synergies entre les partici­pant·e·s. Ces ateliers sont une force motrice de discussions, afin de créer ensemble le futur projet. Les gabarits sont remplis à la lettre, ou pas du tout. Les post-its sont partout, de toutes les couleurs et avec toutes sortes d'idées. Les échanges fusent, les partici­pant·e·s rêvent. Tout le monde y va à son rythme, malgré le temps dépassé pour l’activité. Les partici­pant·e·s sont investi·e·s. Un vent de motivation se fait sentir. Voilà pourquoi nous utilisons les ateliers participatifs dans l'élaboration de nos projets, ainsi que ceux que nous accompagnons.

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Image : Atelier participatif pour la mutualisation d'espaces au sein de l'ancien Couvent des Franciscains, acquis par Entremise en novembre 2025