Je suis arrivée chez Entremise au début du mois de juin 2025, à titre de chargée des communications. Depuis, je ne cesse de découvrir de nouvelles facettes de cet OBNL qui lutte contre la vacance immobilière en accompagnant et en gérant des projets d’immobilier collectif. Et j’ai eu envie de vous les faire découvrir aussi, en vous partageant des conversations que j’ai eu avec certain·e·s de mes collègues au fil des mois: la série En discussion avec est née ainsi. Bonne lecture! - Sandrine
S. Margaux, bonjour! On se parle depuis la Cité-des-Hospitalières, dont tu es la chargée de projet. Mais avant de parler de ce rôle, j’aimerais que tu me racontes tes débuts : comment es-tu arrivée chez Entremise? Qu’est-ce qui t’a menée ici en termes d’intérêts, d’ambitions professionnelles?
M. Alors… Mon background n’est pas très linéaire. Dans ma formation, je me suis beaucoup cherchée. Entre 18 et 25 ans, j'ai testé des affaires depuis la France. Puis je suis partie à l’étranger pour tester d'autres affaires.
J’ai pensé pouvoir réunir mes centres d'intérêt à travers la communication. Mes domaines de prédilection étaient les arts et la culture, initialement. Comme je n'avais à l'époque pas de pratique artistique personnelle définie, je me suis dit que la communication était une belle manière d’entrer dans ces milieux.
J’ai donc fait un diplôme en communication de deux ans, que j'ai bonifié ensuite avec un diplôme en gestion de projet culturel et médiation artistique à Bordeaux. Durant cette année, j’ai rencontré plein de personnes super inspirantes et j’ai découvert plein d’initiatives très inspirantes aussi. Par exemple, Yes We Camp, un organisme en France qui porte des tiers-lieux en collaboration avec d'autres acteur·ice·s, avait intégré le site des anciennes Archives de Bordeaux, en proposant une programmation culturelle pendant un été. C'est à ce moment que j’ai compris qu'il y avait de la culture dans d'autres espaces que ceux qui étaient initialement privilégiés pour ça, plus accessibles que dans les institutions traditionnelles que je trouvais très élitistes à plusieurs égards.
Sous les encouragements d’un professeur en théorie de la communication, j’ai poursuivi ma scolarité en appliquant à une maîtrise de recherche en communication au Québec, parce que j’avais l’intuition que l’approche y était plus pluridisciplinaire, qu’il y avait des croisements intéressants entre les disciplines et les matières. Initialement, ma recherche devait porter sur la médiation des arts numériques. Mais quelques semaines après mon arrivée, ma directrice de recherche m’a invitée à une de ses conférences, qui portait sur les communs urbains et culturels. Et je me suis dit «Oh my god, c’est ça que je pressentais qui était en train d’émerger depuis la France! ». Et donc j'ai complètement réorienté ma recherche vers les communs urbains et culturels.
C’est ainsi que je suis arrivée à travailler avec Entremise, très progressivement, d’abord à travers mon travail avec l'Observatoire des médiations culturelles. Dans le cadre de l’Observatoire, on avait d’ailleurs organisé un colloque à la Cité des Hospitalières, alors que ce projet était encore à sa phase d’hôtel à projet.
S. Ton histoire avec la Cité date de loin! Aujourd’hui, tu en es la chargée de projet. Avant cela, tu avais le rôle de référente à la Cité. Mais ton premier rôle chez Entremise, c’était autre chose encore, non?
M. Exact, je suis arrivée chez Entremise en tant qu’agente de communication. Je travaillais une dizaine d’heures par semaine au départ, puis ça a progressivement augmenté à 15h, et à 20h. Puis j’ai intégré l’équipe à temps plein lorsque je suis devenue référente de la Cité.
S. Comment es-tu devenue référente?
M. Ça s'est fait super organiquement. En fait, j'étais déjà en contact avec les occupantes et occupants de la Cité, à travers mon rôle d'agente des communications, pour récolter leurs informations, pour faire les publications, les infolettres. Et je voyais ce que Marie (Renoux) et Marie-Lou (Sanschagrin) accomplissaient dans leurs rôles de référentes, en me disant que moi aussi, j’avais vraiment envie de m’asseoir avec ces personnes, de prendre le temps de travailler avec elles et eux plutôt que de juste leur demander les activités qu’ielles comptaient faire pour que je puisse les communiquer.
S. Puis tu es passée de référente à chargée de projet!
M. En effet. Ma posture a quand même beaucoup évolué entre le rôle de référente et celui de chargée de projet.
Dans le rôle de référente, je pense qu'on est très en mode solution, pour s'assurer que les personnes ont ce qu'il faut, qu'on répond aux besoins techniques. Mais on est aussi capable d'aller au-delà de ce qui est technique, on peut s'asseoir avec les personnes, comprendre les besoins plus particuliers.
La posture de chargée de projet vient quant à elle avec une relation client, donc ici la Ville de Montréal. Ça me place davantage dans une posture de traduction entre des langages différents, mais aussi des objectifs et des besoins distincts. Tout le monde gravite autour d’une ressource commune, la Cité-des-Hospitalières, mais avec des regards très différents.
Il y a notamment toute la complexité d'être un bâtiment classé patrimonial, et de s’inscrire dans un système capitaliste. La question de la mise aux normes, aussi, alors qu’on a des groupes, des personnes ou des organismes qui sont là pour développer des projets. Comment on amène ces langages à se parler et à se comprendre, à faire en sorte qu’ils se répondent? C’est le défi en tant que chargée de projet.
S. Ce que je comprends, c'est que quand tu étais référente, tu faisais une traduction entre le bâtiment et les occupant·e·s, et qu’en devenant chargée de projet, un troisième joueur — le client — s’est ajouté à l'équation. C’est devenu un problème complexe avec plusieurs variables à chaque fois.
M. Je pense que ça dépend beaucoup des sensibilités de chacune aussi, de la façon dont on se positionne dans notre rôle de chargée de projet. Je trouve que récemment, mon rôle est de démontrer l'importance de la communauté au sein de la Cité. Et que les personnes qui sont impliquées le sont pour de vrai. Je veux rendre visible l'effet levier que le collectif peut avoir au sein d’un projet.
S. On parle de toi en tant qu'individu ayant, évidemment, des valeurs. Après ça, en tant que représentante d'une communauté d'occupant·e·s, tu dois représenter des valeurs additionnelles. Tu es aussi mandatée par un client pour gérer ce site-là, avec son propre système de valeurs. Comment fais-tu pour naviguer la contrainte et parfois peut-être même les conflits d'intérêts?
M. Je me le demande tous les soirs quand je rentre à la maison, tous les matins quand je me lève! (sourires)
En fait, je ne me le demande pas, je le vis.
Il y a quand même des choses sur lesquelles je ne transgresse pas, pour lesquelles je ne transige pas. Peu importe à qui je m'adresse. Je crois beaucoup dans le pouvoir du collectif et le pouvoir des gens de pouvoir se parler, à être solidaires ensemble.
Je te parlais tout à l'heure de traduction, c'est beaucoup ça. C'est d’arriver à démontrer la valeur sociale d'un projet ou son impact, en le traduisant en données d'évaluation, de constat. C'est complexe. Il faut créer un vocabulaire commun, apporter une nouvelle façon de naviguer des projets auprès d’instances habituées à travailler d’une certaine manière. Il faut être patiente.







