En discussion avec
En discussion avec... Camille Gendron-Vézina
par Sandrine Gaulin
March 17, 2026
Je suis arrivée chez Entremise au début du mois de juin 2025, à titre de chargée des communications. Depuis, je ne cesse de découvrir de nouvelles facettes de cet OBNL qui lutte contre la vacance immobilière en accompagnant et en gérant des projets d’immobilier collectif. Et j’ai eu envie de vous les faire découvrir aussi, en vous partageant des conversations que j’ai eu avec certain·e·s de mes collègues au fil des mois: la série En discussion avec est née ainsi.  Bonne lecture! - Sandrine
S. Camille, bonjour! Le premier En discussion avec que j’ai réalisé, c’était avec Olivera, qui est à la tête de l’équipe d’architecture chez Entremise. Mais l’équipe d’architecture fait partie d’un pôle, qui se nomme Pôle Service-Conseil, et dont tu fais partie, sans être architecte. Qu’est-ce que ça veut dire, donc, le Pôle Service-Conseil? 

C. Le pôle service-conseil regroupe l’éventail des services qu'on peut rendre dans le cadre d'un projet de requalification, quel·le que soit le·la client·e. On fait de l’accompagnement, on travaille main dans la main avec notre équipe d’architectes, mais aussi avec les personnes de l’équipe expertes en immobilier, en communication, en mobilisation, etc. C’est une approche totale d’accompagnement, c'est comment on peut rendre le plus de services possibles au sein d’un projet de requalification. L’essence même du pôle service-conseil, c'est d'être à l'écoute des gens qui nous approchent, de rendre leur vision de leur projet possible, ou de leur donner des indications de comment le rendre possible. 
S. L’accompagnement est une force structurante chez Entremise. Comment tu définis ce terme?
C. L’accompagnement, c’est un terme que je trouve un peu général, c’est un terme tampon qui veut dire tout et rien en même temps. L’accompagnement, c’est plus spécifiquement de la mobilisation citoyenne et de la communication, c’est comment on peut extraire les besoins d’un projet en les identifiant avec les gens, comment on est capable d’approcher et de collaborer avec différents groupes qu’on accompagne. Il y a vraiment un côté humain à l’accompagnement – pas qu’il n’y en a pas en archi! —, mais c’est d’être capable d’extraire toutes les informations qui vont nourrir le projet architectural et aussi le projet plus largement. 
L’accompagnement au final, c’est comme une grande conversation qu’on a autour du projet, dans laquelle on est capable d’identifier la vision, la mission, les objectifs, puis de comment ça se transforme, prend forme, etc. C’est un travail à caractère social, une approche dans laquelle on mène des ateliers ou des rencontres pour guider les gens vers la concrétisation de leur projet. On accompagne les gens via nos services en architecture, on accompagne les gens dans nos services immobiliers. L’accompagnement en tant que service, je le qualifierais plutôt de co-conception, c’est le lien qui rend cohérents tous nos autres services. 
S. Dans les bureaux traditionnels d’architecture, les client·e·s arrivent avec leurs besoins. Chez Entremise, on fait ce travail de manière intégrée avec elles·eux, en fonction des réalités du milieu et du bâtiment.
C. Oui, c’est exactement ça. C’est vraiment intégré dans toute la démarche, en fonction de l’avancement. Si les client·e·s ont déjà identifié clairement leurs besoins et qu’ils sont cohérents, on va plutôt se concentrer sur le type de mobilisation citoyenne à faire, sur quel genre de structure de travail est plus adaptée au projet, etc. Au final l’accompagnement c’est outiller, vulgariser et communiquer. 
S. Dirais-tu que l’accompagnement est essentiel parce qu’on fait des projets à nature collective? Est-ce que c’est indissociable de notre mission?  
C. Les choses ont tendance à évoluer, à changer. La co-conception et l’approche collaborative font toujours partie intégrante de notre démarche d’une manière ou d’une autre. J’ai l’impression que c’était une approche autrefois plus complète dans notre manière de structurer nos services Aujourd’hui, on est plus nuancé·e·s : Si des gens arrivent avec un dossier de projet quasiment complet sur la table, qu’est-ce qu’on fait? Parfois, ils ont juste besoin d’appui ou d’orientation pour la suite. Il faut être honnêtes. Je pense que c’est la force de notre offre en service-conseil : on ne cherche pas à vendre des services dont les gens n’ont pas besoin. Grâce à notre expérience, on est capable d'entendre au travers du discours des gens ce qui est nécessaire de leur rendre comme services, qui va être utile au projet, et ce qu’ils vont pouvoir se permettre. C'est frugal. 
S. À l’image des projets d’Entremise! J’aimerais maintenant qu’on parle de ton parcours. Tu es formée en design industriel, en design de l’environnement et en arts visuels. Comment ces formations influencent-elles ton travail? 
C.  J'aime essayer des choses! Je pense que ce qui s'est passé pendant mon parcours, c'est que j'ai commencé par les arts visuels sans vraiment trop savoir ce que je faisais là, honnêtement. Et pour moi, ça manquait beaucoup de...d’un côté plus social. J’avais besoin de sentir que je pouvais davantage répondre aux besoins d'autrui.
J'ai des parents qui ont travaillé pendant plus de 20 ans dans le domaine de la santé mentale, qui ont travaillé toute leur vie au service des gens. C'est quelque chose que j'ai beaucoup absorbé. Je me disais que l'art visuel, forcément, on en a besoin, que ça rend service aux autres. Mais il manquait cette parcelle, non seulement de rendre service, mais aussi de contraintes. Je pense que j'aime ça, travailler dans des contraintes extérieures. C'est comme un processus empathique que j'intègre dans ma manière de concevoir des projets : cette personne a des outils spécifiques pour répondre à un problème donné, comment est-ce que je peux me mettre à sa place pour répondre au même problème? L’empathie, c’est comme ma contrainte ultime en conception.
C’est ce qui m’a poussée à aller en design de l'environnement ensuite. On testait trois échelles sur trois ans, ce qui est très, très chouette. Toujours avec l'humain au cœur de tous les projets. J’ai découvert que l'échelle que je préférais, c'était l'objet, à cause de son côté très tactile. 
Après mûres réflexions et après la COVID, je me suis donc réinscrite à l'école en design industriel. Ce qui était cool, c'est qu'on concrétisait des objets de manière très tangible, en prenant directement en compte ce dont les gens ont besoin. Un de mes exercices préférés, c’était la composition de scénarios d’usage. On était dans l'analyse du séquençage de l'utilisation de l'objet, parce que c’est là qu'on est capable de répondre ou de souligner des besoins qui sont un peu latents dans la concrétisation et la fabrication de l'objet.
Ce que je trouvais chouette, c’était d'analyser comment les gens utilisaient l’objet, pourquoi les gens l'utilisaient, puis qu’elles étaient les contraintes avec lesquelles on s'enlignait pour formaliser le projet. 
Après cette formation, j’ai eu une grande hésitation entre poursuivre une carrière en design industriel, ou retourner chez Entremise — j’étais déjà allée y faire du bénévolat, puis j’avais travaillée comme agente des communications avant mon retour aux études. Il y a un côté terriblement humain chez Entremise qui m'aurait manqué si j'étais allée dans un bureau standard puis si j'avais fait des objets moulés en plastique — ce qui aurait été chouette aussi tu sais, mais... j'avais vraiment cliqué avec Entremise.
Ce pourquoi on fait des choses chez Entremise, c'est pour les autres. C'est full circle : mon approche, c'est ça. Rendre service, ça fait partie de qui je suis, je pense. Puis ultimement, c'est pour ça que j'ai fait tout ce parcours.
S.  C'est drôle quand même, parce que l'objet, c'est la plus petite échelle du design de l'environnement. Puis l'immobilier collectif, c'est probablement l'une des plus grandes. Mais tu l'approches avec la mentalité de l'objet.  Les questions qui t’intéressaient dans la conception d'objets, c'est des questions que tu te poses maintenant quand tu montres des offres de service ou quand tu penses à qui est-ce qui va être le plus utile pour l'accompagnement.
C. Absolument! Je pense que les humain·e·s interagissent avec ce qui les entourent, peu importe l'échelle, que ce soit les objets du quotidien ou leur environnement plus large. C'est toujours un peu une affaire de feeling : comment on se sent dans un lieu, ou comment on se sent en manipulant un objet. J'avais d’ailleurs vraiment hésité entre l’échelle de l’objet et celle de l’urbain durant mes études, pour la création de milieux de vie, pour les écosystèmes, pour tout ça. Puis Entremise, c'est comme une espèce d'hybride entre les deux. Même si ce sont des échelles différentes, je trouve que l'essence même, la base est la même. 
S. Maintenant qu’on comprend la nature des services-conseils et la manière dont ton parcours influence ton travail, j’aimerais qu’on aille dans le plus concret encore : une journée de Camille, ça ressemble à quoi? Et un projet en service-conseil? 
C. Généralement, on arrive au bureau, on se fait un petit café, on ouvre sa boîte courriel, on répond aux différents courriels qu'on peut avoir. En service-conseil, on a souvent le chapeau du développement : On produit des offres de services, on fait des suivis de rencontre qu’on a eues, on creuse des pistes de développement. Idéalement, la matinée est dédiée aux suivis, puis l’après-midi aux projets complets. Dans mon cas, ça peut être de monter des ateliers, de produire des visuels pour ces ateliers, de réfléchir à une stratégie pour du blocage programmatique, etc. Des fois, il y a des visites, parfois, on a des rencontres exploratoires, en ligne ou en personne. 
Des projets-types complets, on en mène quelques uns présentement. C’est généralement un bel hybride entre toutes nos expertises, on fait de l’accompagnement au niveau de la structuration du projet. Par exemple, dans le cadre d’une requalification d’église, on évalue avec les porteur·euse·s de projets si et comment iels veulent intégrer les avis des citoyen·ne·s et paroissien·ne·s, pour monter la mission, la vision du projet, définir les objectifs, déterminer s’il y a une identité visuelle, etc. On les accompagne en communication, sur la manière d’en parler, sur vers quoi le projet mène : est-ce que notre mandat se termine avec une consultation publique pour aviser la population, ou pour prendre les avis? On organise des ateliers pour consulter les parties prenantes sur les différents besoins et usages. L’architecture embarque à travers ce processus, évidemment. Ça permet de concrétiser spatialement ce qui est possible de faire, d’évaluer les besoins par rapport aux réalités physiques, aux ambiances, etc. Il y a aussi le côté immobilier, pour tout ce qui est du montage financier, de la concrétisation et de la viabilisation du projet sur un nombre d’années déterminé, dépendamment du modèle choisi pour développer le projet pérenne, au niveau de la gouvernance et de la gestion du lieu. À la fin de nos mandats, on livre un dossier de projet qu'on va pouvoir remettre aux client·e·s pour qu’iels puissent aller chercher du financement pour mettre en marche tout ce projet-là. Au final, ça s’apparente à une étude de faisabilité, avec une approche plus humaine et axée sur la co-conception.  
La force, mais aussi la difficulté principale qu'on a en service-conseil, c'est le rapport aux client·e·s, qui n’est jamais le même. C'est toujours une affaire de conversation. Comme une danse avec les client·e·s. Il y en a qui sont plus organisé·e·s, en général, qui peuvent nous faire parvenir des informations plus rapidement. Il y a des gens qui sont un petit peu moins orientés par rapport à ce qu'il faut faire ou ce qu’ils veulent. Mais de manière générale, les gens sont tellement contents qu'on leur rende un service, puis ils sont tellement reconnaissants, que peu importe le projet, c’est stimulant. 
S. Tu parles des client·e·s, d’à quel point cette composante humaine a une incidence sur le déroulement des projets. Tu dis aussi que tu veux rendre service. Dans tes réponses, tu parles beaucoup de l'autre, finalement, puis de la collaboration. Comment envisages-tu la collaboration à l’interne chez Entremise? 
C. Il y a quelque chose dans la cohésion de l'équipe actuellement qui fait que c'est tellement aisé, facile, simple. Je trouve qu'on a tous des caractères qui tendent à ce que la collaboration se fasse de manière super fluide et saine, en fait. Les collaborations, ça passe beaucoup par la communication. Il y des manières de dire ce qu'on veut et qu’on ne veut pas, ce dont on a besoin. Ce n’est pas une question de hiérarchie : c'est plus de demander service à l'autre ou de rendre service, en étant tour à tour chargé·e de projet ou agent·e. Je pense que quand on pivote autour du projet plutôt qu'au niveau de nos besoins personnels, c'est là que la collaboration prend vraiment forme. Avec mon rôle, je collabore avec presque toute l'équipe, ce qui est très, très chouette. Explorer toutes ces dynamiques-là, humaines, à l'interne, ça nourrit le projet en tant que tel. 
La collaboration à l'interne, c'est un peu comme le fondement de nos relations aux client·e·s et aux collaborateur·ice·s. C'est une conversation, comme je le disais précédemment. J'ai fait 10 ans de service clientèle : si quelqu'un ne veut pas que je lui rende le service, ça va paraître! C'est un jeu qui se joue à deux. Je pars du principe que pour qu'un service soit rendu efficacement, il faut que l'intention soit partagée. C’est une question de partenariat : on récolte ce que l'on sème dans la relation. Je pense que c'est vraiment ça.  
La plus belle manière, la manière ultime de rendre service aux gens, c'est qu'on les aide à réaliser leur projet à eux. Puis je trouve ça tellement cool, tellement chouette! Rendre service, c’est la plus belle chose qu’on puisse faire. 
S. Y a-t-il des services que tu aimerais offrir et rendre davantage? 
C. On l’aura compris, j’aime avoir plusieurs cordes à mon arc. Et plusieurs flèches! Selon les mandats qu’on aura, c’est sûr que de mettre la main à la pâte, ça me ferait trop plaisir, dans une visée “approche totale”. Sans voler le travail d’autres bureaux d’architecture ou de design, je pense qu’on a quelques forces qui ne sont pas encore exploitées chez Entremise : Maxine est designer d’intérieur, moi j’ai une formation complète en design d’objets. Ça vaudrait la peine de miser plus sur cette expertise, et de collaborer davantage avec des entreprises comme Surcy, pour faire du réemploi et de la requalification, encore. De trouver des manières de rester dans la frugalité. 
Justement, avec Maxine, on a fait un projet de réemploi de matériaux qui s'est inspiré d'un projet qui avait été fait à l'UQAM pour identifier et répertorier différents matériaux qui sont disponibles à l'Escale circulaire, et qui finiraient autrement au dépotoir. Le but c’était de mettre en valeur tout le potentiel de ces matériaux-là pour leur redonner vie. Ce qu'on a conçu, ce sont des lampes de table toute simples à partir de plafonniers, des encastrés de verre qu’on a simplement nettoyés, poncés puis dans lesquels on a inséré une ampoule. 
Je trouve que c'est comme un beau parallèle avec tous ces espaces vacants qu'on remet en valeur d'une manière ou d'une autre en les réinvestissant. C'est ce qu'on a fait à une autre échelle : avec différents choix d'ampoules, on va juste nettoyer un ancien objet pour qu’il devienne autre chose…c'est super frugal comme approche.
On fait plus d’événementiel récemment aussi, c’est stimulant : le Forum de l’immobilier collectif notamment, c’était génial, et ça permettait de célébrer l’immense travail derrière la mise en place du projet P.A.R.C et de la boîte à outils en immobilier collectif. Le Bouillon des Fêtes de la Cité-des-Hospitalières, aussi. On a une manière intuitive d’organiser des événements humains, dans les espaces qu’on connaît déjà tellement bien et qu’on arrive à aménager avec trois fois rien.
S. Inspirant! On arrive déjà à la fin de mes questions. As-tu un commentaire éditorial pour conclure? 
C. Hum.. Je pense qu’à travers cet exercice de discussion, ce que je trouve chouette, c’est de voir que les décisions que je prends sont cohérentes avec qui je suis, peu importe l'échelle que je pratique. Parce que tout m'intéresse, mais ultimement, c'est comment on peut mettre de l'avant l'humain derrière le projet. Je suis contente de pouvoir rester alignée dans mes valeurs. 
S. En effet : on sent tellement bien ton alignement quand on travaille en équipe avec toi, d’ailleurs! Merci Camille, c’était un plaisir d’être en discussion avec toi!